{"id":46,"date":"2022-04-27T14:30:00","date_gmt":"2022-04-27T12:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sophieannedelhomme.com\/?p=46"},"modified":"2023-10-23T10:03:48","modified_gmt":"2023-10-23T08:03:48","slug":"divers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sophieannedelhomme.com\/index.php\/2022\/04\/27\/divers\/","title":{"rendered":"Contributions"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">\u201c<strong>Fils<\/strong>\u201d<br><strong><em>in <a href=\"https:\/\/revuedbrid.bigcartel.com\/product\/revue-debride-n-3-desordre\">D\u00e9brid\u00e9 n\u00b03<\/a><\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>E<\/em><em>st-ce que tu dors bien mon fils&nbsp; ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il dort&nbsp;<br>Abandonn\u00e9, bras ouverts&nbsp;<br>offert au ciel sale de ce coin d\u2019horizon<br>Aux passants sur le trottoir&nbsp;<br>aux usagers des bus 86, 87, 63<br>Au froid qui mord<br>Une chaussure contre la tempe, l\u2019autre disparue<br>Les pieds nus, sortis de ce qui le recouvre<br>Un sac de couchage, une couverture, rien&nbsp;<br>Il dort sur un carr\u00e9 qui souffle de la chaleur&nbsp;<br>une grille<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Est-ce que tu manges bien ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il mange &nbsp;<br>Par terre&nbsp;<br>Appuy\u00e9 sur un coude, des choses qu\u2019il \u00e9parpille&nbsp;<br>Sauces, barquettes, jus de fruits, gobelets, sac en plastique<br>trois pommes<br>Il fume,&nbsp;<br>allong\u00e9<br>Des m\u00e9gots qu\u2019il \u00e9parpille<br>Il s\u2019habille et se d\u00e9shabille de v\u00eatements qu\u2019il abandonne<br>Sans quitter sa grille<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Est-ce que tu as trouv\u00e9 un logement ?<\/em><br><em>Est-ce que tu as trouv\u00e9 un travail ?<\/em><br><em>Est-ce que tu as trouv\u00e9 des amis ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9fie les passants<br>Il d\u00e9fie les usagers de la RATP<br>Ils d\u00e9fie ceux qui le regarde<br>Il d\u00e9fie le monde<br>Il d\u00e9fend sa grille<br>Il se parle dans sa t\u00eate<br>Il se parle \u00e0 lui-m\u00eame<br><\/p>\n\n\n\n<p>Quand il pleut trop, il s\u2019en va.<br>La Mairie de Paris fait le m\u00e9nage, les pigeons s\u2019activent<br>la voirie range, la voirie nettoie&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Donne nous des nouvelles Fils&nbsp;<\/em><br><em>Ta m\u00e8re s\u2019inqui\u00e8te&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>Octobre 2023<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-large-font-size\">\u201cTout \u00e9tait tranquille\u201d<br><em>in <a href=\"https:\/\/www.seve-editions.com\/product\/seve-n-1-la-revue-litteraire\">S\u00e8ve n\u00b01<\/a><\/em><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-x-large-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">C\u2019\u00e9tait une plage nouvelle au bout de la Corniche, au pied d\u2019un h\u00f4tel nouveau. Un d\u00e9cor de plage, install\u00e9 pour nous, ceux qui prennent l\u2019avion pour venir se baigner en d\u00e9cembre. Un rivage comme une maquette, une pellicule de sable roux coll\u00e9e sur une feuille de carton, des parasols fabriqu\u00e9s avec des allumettes et des ronds d\u00e9coup\u00e9s, des \u00e9ponges peintes en vert pour les buissons, l\u2019eau simul\u00e9e avec du papier d\u2019argent. Exactement la maquette de notre jeu enfants du Grand h\u00f4tel Cafardeux.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est arriv\u00e9 quand j\u2019ai mis le pied dans l\u2019eau ti\u00e8de qui frisottait sur la bordure du sable, je me suis souvenue de notre grand h\u00f4tel et de sa client\u00e8le, des cafards que nous gazions \u00e0 l\u2019insecticide. Je me retrouvais exactement comme eux, couch\u00e9s sur le dos sous les parasols, sur le gras bomb\u00e9 de leurs \u00e9lytres, leurs longues moustaches \u00e9tal\u00e9es sur le sable.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour composer cette plage grandeur nature du Grand h\u00f4tel Cafardeux, il a fallu de la dynamite, des pelleteuses, des grues, du b\u00e9ton et des camions de sable. Il a fallu discipliner la Barre qui s\u2019acharnait contre les rochers au coucher du soleil. Elle \u00e9tait tout \u00e0 fait vaincue derri\u00e8re la jet\u00e9e de moellons, elle ne rugissait m\u00eame plus dans mon souvenir quand nous sommes rentr\u00e9s nous changer pour le d\u00eener, apr\u00e8s avoir si bien nag\u00e9 en d\u00e9cembre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment une pens\u00e9e, juste un \u00e9cho de toi dans ce jeu des cafards morts que nous faisions vivre dans un h\u00f4tel.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelquefois le soir, pour les regarder vivre, nous glissions une ampoule \u00e9lectrique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du lobby. Ils restaient sans bouger autour de la lumi\u00e8re. Nous les savions nombreux encore au restaurant, dans les \u00e9tages, certains dormants d\u00e9j\u00e0, ceux dont les chambres ne profitaient pas du halo. Ceux du lobby se parlaient face \u00e0 face, assis tout raides dans des canap\u00e9s de coton et de bo\u00eetes d\u2019allumettes, leurs gros ventres et leurs antennes \u00e9tal\u00e9es, ils chuchotaient des projets pour la soir\u00e9e, ils allaient retrouver des amis, quelques-uns \u00e9taient amoureux. Nous inventions leur vie depuis l\u2019ext\u00e9rieur, depuis la plage ou le jardin au bord de la piscine o\u00f9 certains devisaient sans bruit dans le noir, sage comme nous les avions install\u00e9s dans l\u2019obscurit\u00e9. Tout \u00e9tait calme au Grand h\u00f4tel mais dans le c\u0153ur de sa client\u00e8le bouillonnaient des aventures que nous devinions.<\/p>\n\n\n\n<p>Nuit b\u00e9ante \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de mon corps dont les contours s\u2019\u00e9vanouissent \u00e0 l\u2019instar des mirages qui s\u2019animent dans ses t\u00e9n\u00e8bres. Mirage du hall fun\u00e9raire de notre Grand h\u00f4tel, ses baies vitr\u00e9es coulissantes, sa pi\u00e8ce d\u2019eau, ses roches d\u00e9coratives, ses bouquets japonais, ses fauteuils club, son piano silencieux, son micro abandonn\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les mots affleurent de l\u2019obscurit\u00e9 articulant des images comme celle-ci que je p\u00eache au hasard : une photo qui me d\u00e9visage, appuy\u00e9 sur un coude, le menton dans la main, au bord d\u2019une piscine sous un grand parasol. Rouge le maillot, rouge jaune vert les quartiers du parasol, bleu le matelas sur lequel tu reposes. Bleue la piscine, blanche la margelle, vive la lumi\u00e8re, tu clignes les yeux mais tu me regardes.<\/p>\n\n\n\n<p>Une photo qui m\u2019emm\u00e8ne dans notre jardin vert o\u00f9 la terre est grasse et le tronc des arbres rugueux. Un jardin qui se d\u00e9ploie autour de l\u2019image, dont je foule pieds nus le gazon dru, le chemin de dalles crayeuses, le ciment r\u00e2peux derri\u00e8re la maison, le sol de coquillages du carr\u00e9 de filaos.<\/p>\n\n\n\n<p>Les odeurs et les bruits ont depuis mac\u00e9r\u00e9 avec d\u2019autres. Si je les ai parfois retrouv\u00e9s en r\u00eave, intacts mais volatils, j\u2019ai perdu leur empreinte au r\u00e9veil. Jusqu\u2019\u00e0 quand, dans les yeux, le rose pourpr\u00e9 de l\u2019hibiscus, le taffetas \u00e9teint des p\u00e9tales de bougainvill\u00e9e. Le velours sucr\u00e9 de la fleur de frangipanier, massepain clair au c\u0153ur fonc\u00e9 tach\u00e9 d\u2019\u00e9carlate \u00e0 la pointe. Jusqu\u2019\u00e0 quand les flamboyants en fleurs, avant qu\u2019aux branches ne leur pendent de tristes sabres noirs.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit monte fra\u00eeche \u00e0 travers la terre grasse du jardin, l\u2019air est satur\u00e9 d\u2019anti-moustique, nous circulons dans les pi\u00e8ces \u00e9clair\u00e9es. Je sais que tu es l\u00e0, aucun \u00e9cho pourtant de tes pieds nus sur le carrelage, tu as disparu dans ce grand silence. Autour de la piscine, les cafards de notre h\u00f4tel devisent en lissant leur moustache, leurs murmures couverts par le fracas des vagues contre les rochers \u00e9parpill\u00e9s \u00e0 la dynamite.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9tais endormie sur la plage du Grand h\u00f4tel Cafardeux, le corps cuivr\u00e9 comme un caramel, de ceux qui craque sous la dent comme les cafards sous nos sandales, les moustaches bien \u00e9tal\u00e9es, le ventre plein d\u2019une bouillie de petits \u0153ufs. Un ciel de gouache, un rond de sable blond pour figurer le soleil. Tout \u00e9tait tranquille.\u2014<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Juin 202<\/em>2<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-large-font-size\">\u201cTrois pluies\u201d<br><em>in la Tortue Verte<\/em>*<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><em>Prix de la nouvelle Forum Femmes-M\u00e9diterran\u00e9e 2006<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Abdoulaye a dix ans. C\u2019est un gar\u00e7on s\u00e9rieux. Il vit chez l\u2019Oncle avec sa m\u00e8re.<br>Abdoulaye n\u2019a pas connu son p\u00e8re, l\u2019Oncle il l\u2019appelle Papa, il vit chez lui depuis qu\u2019il est tout petit. Il y a beaucoup d\u2019enfants dans la maison de l\u2019Oncle, c\u2019est une maison en dur \u00e0 Pikine, loin du centre-ville, loin de Dakar.<br>La m\u00e8re d\u2019Abdoulaye ne laisse personne s\u2019occuper de lui, de son \u00e9ducation. Elle tient t\u00eate \u00e0 l\u2019Oncle, personne mieux qu\u2019elle ne sait ce qui est bon pour son fils. \u00ab&nbsp;Ton fr\u00e8re saura te tuer l\u00e0 o\u00f9 il est si tu touches \u00e0 mon fils.&nbsp;\u00bb Elle leur fait peur sa m\u00e8re, elle les tient \u00e0 distance, \u00ab&nbsp;Papa&nbsp;\u00bb, les co-\u00e9pouses et ses nombreux cousins.<br>Abdoulaye est un gar\u00e7on s\u00e9rieux, sa m\u00e8re a la main dure pour lui faire passer l\u2019envie de se dissiper. Mais elle sait aussi, depuis qu\u2019il est tout petit, lui souffler le soir \u00e0 l\u2019oreille le chant du vent dans les filaos et lui conter son r\u00eave \u00e0 mi-voix. Il ne comprend pas les paroles, mais c\u2019est une m\u00e9lodie qu\u2019il aime, il s\u2019endort dans son murmure. Sur un cheval sell\u00e9 d\u2019or et d\u2019argent, il s\u2019\u00e9lance au-del\u00e0 des hautes herbes de la savane, au-del\u00e0 des baobabs, du fleuve et du d\u00e9sert, au-del\u00e0 des continents, tr\u00e8s loin, tr\u00e8s haut, jusqu\u2019\u00e0 toucher la lune.<br>Abdoulaye a dix ans et il r\u00eave en secret de devenir pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<br><br>Il est arriv\u00e9 en France la semaine derni\u00e8re, il a dix-huit ans. Depuis toujours sa m\u00e8re a mis de l\u2019argent de c\u00f4t\u00e9, elle a convaincu l\u2019Oncle de lui obtenir des papiers. Il est l\u00e0 pour \u00e9tudier, ils ont entendu parler d\u2019une \u00e9cole d\u2019\u00e9conomie, il pourra apprendre la comptabilit\u00e9. C\u2019est cher, mais elle a mis de l\u2019argent de c\u00f4t\u00e9 depuis si longtemps. Il est \u00e0 Vitry chez son cousin pour l&#8217;instant, il faut qu\u2019il se renseigne pour son \u00e9cole.<br>Son cousin ne peut pas le garder, il l&#8217;emm\u00e8ne \u00e0 Paris visiter un logement avenue d\u2019Italie. Ils ont pris le RER et il l&#8217;a quitt\u00e9 devant l\u2019arr\u00eat d\u2019autobus. Abdoulaye a mis le manteau qu\u2019il lui a donn\u00e9, il est un peu grand mais il lui tient chaud. Paris, c\u2019est compliqu\u00e9 et c\u2019est merveilleux. Il cherche autour de lui \u00e0 partager la joie qui l\u2019envahit mais les autres voyageurs ont des yeux absents et s\u00e9v\u00e8res. Il se cale contre la fen\u00eatre et sourit sans s\u2019en apercevoir, il a eu la trouille tout \u00e0 l\u2019heure en glissant son ticket dans la machine, elle l\u2019a aval\u00e9 tellement vite, il a bien cru y laisser les doigts.<br>La chambre est sale et encombr\u00e9e. Les autres ne sont pas l\u00e0 quand il visite, ils vont vivre \u00e0 trois dans la pi\u00e8ce. Un lit, deux planches d\u00e9barrass\u00e9es sur une \u00e9tag\u00e8re, l\u2019ami de son cousin est press\u00e9 qu\u2019il s\u2019installe. Abdoulaye paye et retourne \u00e0 Vitry chercher sa valise. Dans l\u2019escalier, des petits enfants se bousculent pour le regarder partir. Il y a beaucoup de monde dans cet immeuble.<br>Abdoulaye ne fait pas d\u2019\u00e9tudes d\u2019\u00e9conomie, il n\u2019a pas trouv\u00e9 l\u2019\u00e9cole. Son cousin n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tonn\u00e9, c\u2019est une \u00e9cole pour les na\u00effs. Comme sa m\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 envoy\u00e9 quelque chose, l\u2019argent est perdu. Abdoulaye ne sait pas trop comment lui en parler. Il en parlera quand il aura trouv\u00e9 autre chose, mais dans son nouveau logement, il peine \u00e0 s\u2019endormir.<br><br>Par le hublot de l\u2019avion qui l\u2019a conduit en France, il a vu le soleil se coucher au-dessus de l\u2019horizon, l\u2019avion s&#8217;illuminait d\u2019or et d\u2019argent dans un ciel de neige et de feu.<br>Abdoulaye croyait r\u00eaver tandis que son r\u00eave l\u2019emportait vers l\u2019ombre de la nuit qui avan\u00e7ait.<br><br>La neige est venue et il l\u2019attendait. Il la trouve froide, sale et mouill\u00e9e, et moche, comme sa vie. Il y a longtemps qu\u2019il n\u2019a pas donn\u00e9 de nouvelles \u00e0 sa m\u00e8re.<br>Pour lui dire quoi, depuis six mois qu\u2019il est ici, qu\u2019il n\u2019\u00e9tudie pas, que ses papiers sont p\u00e9rim\u00e9s, qu\u2019au squat ils lui ont tout piqu\u00e9, qu\u2019il tra\u00eene avec des types qui se cachent de la police, comme lui.<br>Il n\u2019a pas vu son cousin depuis trois mois, pour lui dire quoi, qu\u2019il a besoin d\u2019argent, de nourriture et de travail. Abdoulaye n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 pour demander la charit\u00e9.<br>Il finit par en trouver du travail. Un travail s\u00e9rieux, du m\u00e9nage le soir. Pas de papiers, pas d\u2019histoire, \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser. Il va s\u2019en sortir, il y croit Abdoulaye, c\u2019est le d\u00e9but de la fin de la gal\u00e8re. &nbsp;<br>Au squat, les gar\u00e7ons de sa chambre, \u00e7a les fait ricaner. Homme de m\u00e9nage et pourquoi pas pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<br>Abdoulaye r\u00e9siste, il a besoin de cet argent, pour s\u2019acheter des Marlboro et se payer des v\u00eatements chauds. L\u2019hiver, c\u2019est froid une ville comme Paris. Les autres sont habitu\u00e9s, ils sont l\u00e0 depuis longtemps. Ce sont des durs, ils sont venus en camion par le d\u00e9sert, ils ont travers\u00e9 la nuit dans des bateaux, ils ont connu la peur, ils se sont vus mourir. Abdoulaye les fait doucement rigoler, l\u2019\u00e9tudiant qui est venu avec Air France. Ils ont commenc\u00e9 par se servir dans sa valise, ils l\u2019ont fait marcher pour voir, et puis ils l\u2019ont adopt\u00e9, ils tra\u00eenent ensemble maintenant. Quand Abdoulaye n\u2019est pas \u00e0 son travail.<br>Mais avec ce qu\u2019il gagne il h\u00e9site \u00e0 continuer, ses copains ont des plans pour gagner beaucoup sans se fatiguer.<br>C\u2019est bon, Abdoulaye, va de l\u2019avant, les combines, le trafic, le commerce, \u00e7a lui pla\u00eet plus qu\u2019il ne croyait. Et \u00e7a lui r\u00e9ussit plut\u00f4t pas mal, bient\u00f4t il pourra faire signe au cousin, sap\u00e9 comme un prince, et envoyer de l\u2019argent \u00e0 sa m\u00e8re.<br><br>Sa m\u00e8re l\u2019attend, chez l\u2019Oncle \u00e0 Pikine. Elle fait de plus en plus peur aux enfants, \u00e0 parler toute seule. Le soir assise devant la maison elle r\u00e9cite ses pri\u00e8res, envelopp\u00e9e jusqu\u2019au front dans son pagne, les yeux perdus au-del\u00e0 de Pikine, au-del\u00e0 de Yoff, au-del\u00e0 du rivage venteux qui souffle son \u00e9cume dans les filaos, bien au-del\u00e0. Elle est courb\u00e9e la m\u00e8re, elle devient vieille. Les co-\u00e9pouses se moquent derri\u00e8re son dos : \u00ab&nbsp;En voil\u00e0 un fils, qui dispara\u00eet en nous laissant la vieille, et pauvre comme Job avec \u00e7a.&nbsp;\u00bb Les co-\u00e9pouses n\u2019ont pas ces probl\u00e8mes avec leurs gar\u00e7ons, \u00ab&nbsp;voil\u00e0 ce que c\u2019est d\u2019avoir toujours p\u00e9t\u00e9 plus haut que son c\u2026&nbsp;\u00bb<br><br>Abdoulaye a disparu, il a quitt\u00e9 le squat, le cousin n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 le contacter quand la m\u00e8re lui a fait demander de chercher des nouvelles. Des nouvelles, la m\u00e8re en a dans ses cauchemars.<br>Elle se r\u00e9veille en sueur, Abdoulaye tout en blanc court avec les autres&nbsp;<em>ndioulis,<\/em>&nbsp;ils pourchassent une ch\u00e8vre avec leurs b\u00e2tons. \u00c7a ne lui pla\u00eet pas qu\u2019il tra\u00eene en route, elle se f\u00e2che quand il arrive essouffl\u00e9, encore tout agit\u00e9. Mais il ne se laisse pas faire, il se raidit et la d\u00e9fie droit dans les yeux.<br>C\u2019est alors que la mer recouvre son enfant. Elle l\u2019aper\u00e7oit encore un temps sous la surface, le visage grave tendu vers le sien, avant qu&#8217;il coule \u00e0 pic et disparaisse dans l\u2019eau sombre.<br><br>La m\u00e8re est all\u00e9e voir le&nbsp;<em>borom<\/em>&nbsp;coquillage, pour avoir des nouvelles. Elle a pris l\u2019habitude d\u2019attendre son tour dans sa maison en t\u00f4le derri\u00e8re le march\u00e9 Sandaga. Au mur en face d\u2019elle, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du frigidaire, un grand cheval emporte le h\u00e9ros Lat Dior dans un galop de velours brod\u00e9 d\u2019or et d\u2019argent. &nbsp;<br>Le&nbsp;<em>borom<\/em>&nbsp;lit le destin d\u2019Abdoulaye dans les coquillages qu\u2019il lance sur une \u00e9toffe \u00e9tal\u00e9e devant lui. Elle lui apporte des l\u00e9gumes ou du riz, un peu d\u2019argent quand elle en a. Abdoulaye va bien. \u00ab&nbsp;Ton fils, il va tr\u00e8s bien. Oui, il gagne de l\u2019argent. Oui, il fait du commerce. Oui, il va revenir. Trois pluies pendant trois jours. Regarde&nbsp;\u00bb, il choisit un cauri, \u00ab&nbsp;regarde, trois pluies, trois jours et tu auras des nouvelles.&nbsp;<em>Inch\u2019Allah.<\/em>&nbsp;\u00bb<br>La m\u00e8re reprend courage. Son fils est un battant, il r\u00e9ussit tr\u00e8s bien en France. C\u2019est ce qu\u2019elle raconte aux gens du quartier et aux co-\u00e9pouses. \u00ab&nbsp;Alors pourquoi la m\u00e8re d\u2019un tel fils n\u2019est-elle pas mieux v\u00eatue, et pourquoi n\u2019a-t-elle n\u2019a pas encore de voiture&nbsp;?&nbsp;\u00bb Les voisins s\u2019interrogent, il r\u00e9ussit Abdoulaye, mais ce n\u2019est pas un bon fils. Sa m\u00e8re, il a mang\u00e9 ses r\u00eaves.<br><br>\u00ab&nbsp;Vous verrez quand il reviendra, un seigneur ! Il travaille dans le business, il aura une maison aux Almadies, il ach\u00e8tera une t\u00e9l\u00e9vision satellite, il travaillera au gouvernement gr\u00e2ce \u00e0 ses connaissances. C\u2019est un grand homme d\u00e9sormais !&nbsp;\u00bb<br><br>L\u2019Oncle est mort et la m\u00e8re vit chez des voisins, les co-\u00e9pouses aussi ont vieilli, elles sont parties chez leurs enfants, l\u2019un d\u2019entre eux est mari\u00e9 avec une Fran\u00e7aise. La m\u00e8re n\u2019a rien \u00e0 leur demander \u00e0 propos d\u2019Abdoulaye, s\u00fbrement pas de chercher des nouvelles. Comme tout le monde depuis toutes ces ann\u00e9es elle attend la saison des pluies. Il pleut moins qu\u2019autrefois par ici, la s\u00e9cheresse s\u2019installe au fil du temps.<br>La m\u00e8re, elle n\u2019attend que trois jours de pluie. Trois pluies, trois jours, ce serait son r\u00eave.Abdoulaye a dix ans. C\u2019est un gar\u00e7on s\u00e9rieux. Il vit chez l\u2019Oncle avec sa m\u00e8re.<br>Abdoulaye n\u2019a pas connu son p\u00e8re, l\u2019Oncle il l\u2019appelle Papa, il vit chez lui depuis qu\u2019il est tout petit. Il y a beaucoup d\u2019enfants dans la maison de l\u2019Oncle, c\u2019est une maison en dur \u00e0 Pikine, loin du centre-ville, loin de Dakar.<br>La m\u00e8re d\u2019Abdoulaye ne laisse personne s\u2019occuper de lui, de son \u00e9ducation. Elle tient t\u00eate \u00e0 l\u2019Oncle, personne mieux qu\u2019elle ne sait ce qui est bon pour son fils. \u00ab&nbsp;Ton fr\u00e8re saura te tuer l\u00e0 o\u00f9 il est si tu touches \u00e0 mon fils.&nbsp;\u00bb Elle leur fait peur sa m\u00e8re, elle les tient \u00e0 distance, \u00ab&nbsp;Papa&nbsp;\u00bb, les co-\u00e9pouses et ses nombreux cousins.<br>Abdoulaye est un gar\u00e7on s\u00e9rieux, sa m\u00e8re a la main dure pour lui faire passer l\u2019envie de se dissiper. Mais elle sait aussi, depuis qu\u2019il est tout petit, lui souffler le soir \u00e0 l\u2019oreille le chant du vent dans les filaos et lui conter son r\u00eave \u00e0 mi-voix. Il ne comprend pas les paroles, mais c\u2019est une m\u00e9lodie qu\u2019il aime, il s\u2019endort dans son murmure. Sur un cheval sell\u00e9 d\u2019or et d\u2019argent, il s\u2019\u00e9lance au-del\u00e0 des hautes herbes de la savane, au-del\u00e0 des baobabs, du fleuve et du d\u00e9sert, au-del\u00e0 des continents, tr\u00e8s loin, tr\u00e8s haut, jusqu\u2019\u00e0 toucher la lune.<br>Abdoulaye a dix ans et il r\u00eave en secret de devenir pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<br><br>Il est arriv\u00e9 en France la semaine derni\u00e8re, il a dix-huit ans. Depuis toujours sa m\u00e8re a mis de l\u2019argent de c\u00f4t\u00e9, elle a convaincu l\u2019Oncle de lui obtenir des papiers. Il est l\u00e0 pour \u00e9tudier, ils ont entendu parler d\u2019une \u00e9cole d\u2019\u00e9conomie, il pourra apprendre la comptabilit\u00e9. C\u2019est cher, mais elle a mis de l\u2019argent de c\u00f4t\u00e9 depuis si longtemps. Il est \u00e0 Vitry chez son cousin pour l&#8217;instant, il faut qu\u2019il se renseigne pour son \u00e9cole.<br>Son cousin ne peut pas le garder, il l&#8217;emm\u00e8ne \u00e0 Paris visiter un logement avenue d\u2019Italie. Ils ont pris le RER et il l&#8217;a quitt\u00e9 devant l\u2019arr\u00eat d\u2019autobus. Abdoulaye a mis le manteau qu\u2019il lui a donn\u00e9, il est un peu grand mais il lui tient chaud. Paris, c\u2019est compliqu\u00e9 et c\u2019est merveilleux. Il cherche autour de lui \u00e0 partager la joie qui l\u2019envahit mais les autres voyageurs ont des yeux absents et s\u00e9v\u00e8res. Il se cale contre la fen\u00eatre et sourit sans s\u2019en apercevoir, il a eu la trouille tout \u00e0 l\u2019heure en glissant son ticket dans la machine, elle l\u2019a aval\u00e9 tellement vite, il a bien cru y laisser les doigts.<br>La chambre est sale et encombr\u00e9e. Les autres ne sont pas l\u00e0 quand il visite, ils vont vivre \u00e0 trois dans la pi\u00e8ce. Un lit, deux planches d\u00e9barrass\u00e9es sur une \u00e9tag\u00e8re, l\u2019ami de son cousin est press\u00e9 qu\u2019il s\u2019installe. Abdoulaye paye et retourne \u00e0 Vitry chercher sa valise. Dans l\u2019escalier, des petits enfants se bousculent pour le regarder partir. Il y a beaucoup de monde dans cet immeuble.<br>Abdoulaye ne fait pas d\u2019\u00e9tudes d\u2019\u00e9conomie, il n\u2019a pas trouv\u00e9 l\u2019\u00e9cole. Son cousin n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tonn\u00e9, c\u2019est une \u00e9cole pour les na\u00effs. Comme sa m\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 envoy\u00e9 quelque chose, l\u2019argent est perdu. Abdoulaye ne sait pas trop comment lui en parler. Il en parlera quand il aura trouv\u00e9 autre chose, mais dans son nouveau logement, il peine \u00e0 s\u2019endormir.<br><br>Par le hublot de l\u2019avion qui l\u2019a conduit en France, il a vu le soleil se coucher au-dessus de l\u2019horizon, l\u2019avion s&#8217;illuminait d\u2019or et d\u2019argent dans un ciel de neige et de feu.<br>Abdoulaye croyait r\u00eaver tandis que son r\u00eave l\u2019emportait vers l\u2019ombre de la nuit qui avan\u00e7ait.<br><br>La neige est venue et il l\u2019attendait. Il la trouve froide, sale et mouill\u00e9e, et moche, comme sa vie. Il y a longtemps qu\u2019il n\u2019a pas donn\u00e9 de nouvelles \u00e0 sa m\u00e8re.<br>Pour lui dire quoi, depuis six mois qu\u2019il est ici, qu\u2019il n\u2019\u00e9tudie pas, que ses papiers sont p\u00e9rim\u00e9s, qu\u2019au squat ils lui ont tout piqu\u00e9, qu\u2019il tra\u00eene avec des types qui se cachent de la police, comme lui.<br>Il n\u2019a pas vu son cousin depuis trois mois, pour lui dire quoi, qu\u2019il a besoin d\u2019argent, de nourriture et de travail. Abdoulaye n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 pour demander la charit\u00e9.<br>Il finit par en trouver du travail. Un travail s\u00e9rieux, du m\u00e9nage le soir. Pas de papiers, pas d\u2019histoire, \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser. Il va s\u2019en sortir, il y croit Abdoulaye, c\u2019est le d\u00e9but de la fin de la gal\u00e8re. &nbsp;<br>Au squat, les gar\u00e7ons de sa chambre, \u00e7a les fait ricaner. Homme de m\u00e9nage et pourquoi pas pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<br>Abdoulaye r\u00e9siste, il a besoin de cet argent, pour s\u2019acheter des Marlboro et se payer des v\u00eatements chauds. L\u2019hiver, c\u2019est froid une ville comme Paris. Les autres sont habitu\u00e9s, ils sont l\u00e0 depuis longtemps. Ce sont des durs, ils sont venus en camion par le d\u00e9sert, ils ont travers\u00e9 la nuit dans des bateaux, ils ont connu la peur, ils se sont vus mourir. Abdoulaye les fait doucement rigoler, l\u2019\u00e9tudiant qui est venu avec Air France. Ils ont commenc\u00e9 par se servir dans sa valise, ils l\u2019ont fait marcher pour voir, et puis ils l\u2019ont adopt\u00e9, ils tra\u00eenent ensemble maintenant. Quand Abdoulaye n\u2019est pas \u00e0 son travail.<br>Mais avec ce qu\u2019il gagne il h\u00e9site \u00e0 continuer, ses copains ont des plans pour gagner beaucoup sans se fatiguer.<br>C\u2019est bon, Abdoulaye, va de l\u2019avant, les combines, le trafic, le commerce, \u00e7a lui pla\u00eet plus qu\u2019il ne croyait. Et \u00e7a lui r\u00e9ussit plut\u00f4t pas mal, bient\u00f4t il pourra faire signe au cousin, sap\u00e9 comme un prince, et envoyer de l\u2019argent \u00e0 sa m\u00e8re.<br><br>Sa m\u00e8re l\u2019attend, chez l\u2019Oncle \u00e0 Pikine. Elle fait de plus en plus peur aux enfants, \u00e0 parler toute seule. Le soir assise devant la maison elle r\u00e9cite ses pri\u00e8res, envelopp\u00e9e jusqu\u2019au front dans son pagne, les yeux perdus au-del\u00e0 de Pikine, au-del\u00e0 de Yoff, au-del\u00e0 du rivage venteux qui souffle son \u00e9cume dans les filaos, bien au-del\u00e0. Elle est courb\u00e9e la m\u00e8re, elle devient vieille. Les co-\u00e9pouses se moquent derri\u00e8re son dos : \u00ab&nbsp;En voil\u00e0 un fils, qui dispara\u00eet en nous laissant la vieille, et pauvre comme Job avec \u00e7a.&nbsp;\u00bb Les co-\u00e9pouses n\u2019ont pas ces probl\u00e8mes avec leurs gar\u00e7ons, \u00ab&nbsp;voil\u00e0 ce que c\u2019est d\u2019avoir toujours p\u00e9t\u00e9 plus haut que son c\u2026&nbsp;\u00bb<br><br>Abdoulaye a disparu, il a quitt\u00e9 le squat, le cousin n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 le contacter quand la m\u00e8re lui a fait demander de chercher des nouvelles. Des nouvelles, la m\u00e8re en a dans ses cauchemars.<br>Elle se r\u00e9veille en sueur, Abdoulaye tout en blanc court avec les autres&nbsp;<em>ndioulis,<\/em>&nbsp;ils pourchassent une ch\u00e8vre avec leurs b\u00e2tons. \u00c7a ne lui pla\u00eet pas qu\u2019il tra\u00eene en route, elle se f\u00e2che quand il arrive essouffl\u00e9, encore tout agit\u00e9. Mais il ne se laisse pas faire, il se raidit et la d\u00e9fie droit dans les yeux.<br>C\u2019est alors que la mer recouvre son enfant. Elle l\u2019aper\u00e7oit encore un temps sous la surface, le visage grave tendu vers le sien, avant qu&#8217;il coule \u00e0 pic et disparaisse dans l\u2019eau sombre.<br><br>La m\u00e8re est all\u00e9e voir le&nbsp;<em>borom<\/em>&nbsp;coquillage, pour avoir des nouvelles. Elle a pris l\u2019habitude d\u2019attendre son tour dans sa maison en t\u00f4le derri\u00e8re le march\u00e9 Sandaga. Au mur en face d\u2019elle, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du frigidaire, un grand cheval emporte le h\u00e9ros Lat Dior dans un galop de velours brod\u00e9 d\u2019or et d\u2019argent. &nbsp;<br>Le&nbsp;<em>borom<\/em>&nbsp;lit le destin d\u2019Abdoulaye dans les coquillages qu\u2019il lance sur une \u00e9toffe \u00e9tal\u00e9e devant lui. Elle lui apporte des l\u00e9gumes ou du riz, un peu d\u2019argent quand elle en a. Abdoulaye va bien. \u00ab&nbsp;Ton fils, il va tr\u00e8s bien. Oui, il gagne de l\u2019argent. Oui, il fait du commerce. Oui, il va revenir. Trois pluies pendant trois jours. Regarde&nbsp;\u00bb, il choisit un cauri, \u00ab&nbsp;regarde, trois pluies, trois jours et tu auras des nouvelles.&nbsp;<em>Inch\u2019Allah.<\/em>&nbsp;\u00bb<br>La m\u00e8re reprend courage. Son fils est un battant, il r\u00e9ussit tr\u00e8s bien en France. C\u2019est ce qu\u2019elle raconte aux gens du quartier et aux co-\u00e9pouses. \u00ab&nbsp;Alors pourquoi la m\u00e8re d\u2019un tel fils n\u2019est-elle pas mieux v\u00eatue, et pourquoi n\u2019a-t-elle n\u2019a pas encore de voiture&nbsp;?&nbsp;\u00bb Les voisins s\u2019interrogent, il r\u00e9ussit Abdoulaye, mais ce n\u2019est pas un bon fils. Sa m\u00e8re, il a mang\u00e9 ses r\u00eaves.<br><br>\u00ab&nbsp;Vous verrez quand il reviendra, un seigneur ! Il travaille dans le business, il aura une maison aux Almadies, il ach\u00e8tera une t\u00e9l\u00e9vision satellite, il travaillera au gouvernement gr\u00e2ce \u00e0 ses connaissances. C\u2019est un grand homme d\u00e9sormais !&nbsp;\u00bb<br><br>L\u2019Oncle est mort et la m\u00e8re vit chez des voisins, les co-\u00e9pouses aussi ont vieilli, elles sont parties chez leurs enfants, l\u2019un d\u2019entre eux est mari\u00e9 avec une Fran\u00e7aise. La m\u00e8re n\u2019a rien \u00e0 leur demander \u00e0 propos d\u2019Abdoulaye, s\u00fbrement pas de chercher des nouvelles. Comme tout le monde depuis toutes ces ann\u00e9es elle attend la saison des pluies. Il pleut moins qu\u2019autrefois par ici, la s\u00e9cheresse s\u2019installe au fil du temps.<br>La m\u00e8re, elle n\u2019attend que trois jours de pluie. Trois pluies, trois jours, ce serait son r\u00eave. \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>*<a href=\"http:\/\/www.latortueverte.com\/index.html\" data-type=\"URL\" data-id=\"http:\/\/www.latortueverte.com\/index.html\">Revue en ligne<\/a> des litt\u00e9ratures francophones \/ Universit\u00e9 de Lille<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u201cFils\u201din D\u00e9brid\u00e9 n\u00b03 Est-ce que tu dors bien mon fils&nbsp; ? 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